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Améliorer toutes ses réhabilitations grâce au numérique

Améliorer toutes ses réhabilitations grâce au numérique

Actualités

Dans ce podcast, le Dr Thomas Guery, invite le Dr Romain Ducassé à défendre une dentisterie de réhabilitation qui ne se limite plus à reproduire une forme esthétique, mais qui cherche d’abord à comprendre le patient dans sa globalité. Selon lui, la réussite d’un traitement ne repose plus sur des modèles statiques, mais sur l’analyse de la fonction réelle, de l’occlusion dynamique et des contraintes qui pèsent sur le système manducateur. Cette évolution l’a conduit à intégrer pleinement le numérique dans sa pratique clinique, notamment pour mieux diagnostiquer, planifier et exécuter ses réhabilitations.

 

Une évolution clinique

Le déclic du Dr Ducassé vient d’une remise en question progressive de ses propres plans de traitement. Après plusieurs années de traitements esthétiques il prend conscience que l’analyse esthétique seule ne suffit pas à pérenniser le résultat final. L’adaptation du plan de traitement à la physiologie fonctionnelle de ses patients devient rapidement la règle de ses réhabilitations. En comparant le résultat obtenu et le plan qu’il avait imaginé, il comprend qu’il faut aller plus loin dans la compréhension fonctionnelle du patient, car celui-ci peut très bien s’adapter à une situation que le praticien n’avait pas anticipée, comme ne pas s’y adapter du tout.

 

numérique : média du sourire podcast 1

 

Cette prise de conscience le pousse à faire évoluer sa démarche clinique. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser la dentisterie adhésive ou les restaurations esthétiques, mais de mieux appréhender les mécanismes occluso-fonctionnels et les limites d’adaptation du patient ; notamment dans les prises en charge des usures dentaires pathologiques. Le numérique trouve alors une place de choix, celle d’un moyen d’affiner le diagnostic et d’éviter les traitements trop standardisés.

 

Dépister tôt

Un autre message fort de l’entretien concerne le dépistage précoce. L’usure dentaire commence parfois de manière très discrète, où le patient peut ne rien remarquer pendant longtemps. Le rôle du dentiste est alors d’identifier les premiers signes : l’anatomie qui s’effacent, les cuspides qui se creusent ou la perte de relief sur les faces fonctionnelles.

La photographie macro et l’explication visuelle au fauteuil sont des outils précieux pour rendre ces signes compréhensibles par le patient. Le praticien peut montrer au patient ce qui se joue réellement et l’impliquer dans sa prise en charge. Cette démarche est d’autant plus importante que le dentiste est souvent en première ligne pour repérer des atteintes compatibles avec un reflux gastro-œsophagien, parfois silencieux, et orienter le patient vers le médecin traitant ou le gastro-entérologue.

 

Explication visuel au fauteuil

 

Causes endogènes

Les causes endogènes d’usure sont souvent plus sournoises. Le reflux gastro-œsophagien, par exemple, peut être asymptomatique chez une grande partie des patients et provoquer malgré tout une acidification chronique de la cavité buccale. Le patient ne se plaint pas toujours de brûlures, mais peut évoquer parfois une haleine particulière, un goût désagréable au réveil, des ballonnements gastriques ou des difficultés digestives.

Le Dr Ducassé rappelle que certaines situations comme les vomissements répétés, l’hyperémèse gravidique ou la boulimie peuvent aussi entraîner des atteintes sévères. Dans ce contexte, l’interrogatoire est indispensable, car l’examen clinique seul ne suffit pas toujours à distinguer une usure active d’une usure ancienne ou stabilisée. Le dentiste joue alors un rôle de repérage médical et de coordination interdisciplinaire.

 

Bruxisme et surcharge

L’usure mécanique liée au bruxisme correspond à une autre logique. Elle se manifeste par une attrition, avec des facettes d’usure horizontales et des surfaces plus plates. Le Dr Ducassé distingue clairement le serrage axial, le grincement nocturne et les phénomènes de compensation musculaire, dentaire ou articulaire. Cette distinction est importante, car toutes les usures ne relèvent pas du même mécanisme ni de la même stratégie de prise en charge.

 

Usure dentaire Bruxisme

 

Le stress, la qualité du sommeil, les micro-éveils et certains troubles complémentaires du sommeil peuvent jouer un rôle majeur. Le traitement ne repose donc pas uniquement sur une gouttière ou une réhabilitation, mais aussi sur l’éducation du patient, la prise de conscience du serrage en journée et la réduction des facteurs déclenchants. Dans cette logique, l’orthèse occlusale protège les dents, mais il ne remplace jamais le travail sur la cause.

 

Place de la gouttière

Le Dr Ducassé nuance beaucoup l’usage des différentes gouttières. Elles peuvent être utiles pour protéger les structures dentaires, limiter certaines douleurs et stabiliser la situation, mais elles ne règlent pas à elles seules un bruxisme actif ou une surcharge fonctionnelle persistante. Dans certains cas, elle peut même devenir contre-productive si l’indication est mal posée ou si elle est utilisée sans diagnostic étiologique clair.

Il distingue plusieurs dispositifs : les gouttières de déprogrammation neuro-musculaire, utiles pour certaines douleurs aiguës, et/ou pour couper certains feedbacks neuromusculaires, et les gouttières Michigan, plus adaptées à certains patients bruxeurs nocturnes. Le choix dépend du diagnostic et de l’objectif recherché : relâcher, protéger ou stabiliser.

 

Le numérique au service du plan

C’est ici que le flux numérique prend tout son sens. En virtualisant le patient, le praticien peut analyser les mouvements, simuler les restaurations et réfléchir à la réhabilitation avant d’intervenir. Le numérique permet de mieux dialoguer avec le laboratoire, de valider un projet prothétique et de limiter les approximations dans les cas complexes. Il ne remplace pas le raisonnement clinique, mais il l’augmente.

 

numérique : dentiste examinant l'écran d'ordinateur d'un patient lors d'un scanner dentaire

 

Cette logique correspond parfaitement aux besoins de la réhabilitation des dents présentant une usure pathologique. Au lieu d’ajouter systématiquement de la céramique, il faut d’abord identifier le bon niveau d’intervention, puis déterminer si le patient a besoin d’une simple protection, d’une restauration partielle ou d’une réhabilitation globale. Le numérique, associé au raisonnement clinique, aide précisément à éviter le surtraitement comme le sous-traitement.

 

Réhabiliter avec justesse

Le Dr Ducassé rappelle enfin qu’une usure dentaire n’est pas forcément pathologique. Les dents sont conçues pour s’user, et toutes les facettes d’usure ne justifient pas des restaurations lourdes. La vraie question est celle de la décompensation : le patient a-t-il encore un potentiel adaptatif suffisant ou bien est-il en train de sortir de sa zone de tolérance fonctionnelle ?

Quand l’usure devient pathologique, douloureuse, asymétrique ou incompatible avec la mastication physiologique, la réhabilitation prend tout son sens. Dans ces cas, l’enjeu est de reconstruire une nouvelle denture fonctionnelle, durable et cohérente avec le comportement du patient. Le numérique, associé à une analyse fine de l’étiologie et à une collaboration étroite avec le laboratoire, permet alors de sécuriser les traitements et d’améliorer leur prédictibilité.

 

média du sourire podcast partie 2

 

Du numérique à la fonction

Le numérique a profondément changé la manière de planifier une réhabilitation, mais la vraie question n’est plus seulement de savoir si l’on sait concevoir un beau projet. Elle est de savoir si ce projet sera stable, confortable et durable dans le temps.
Dans les cas d’usure importante ou de réhabilitations globales, se limiter aux dents, au matériau ou à l’esthétique conduit souvent à des échecs à moyen terme. Le point de départ doit être plus large : musculature, articulation, position de la mandibule et dynamique occlusale.

 

Prioriser le patient avant les dents

Chez les patients du Dr Ducassé, l’usure est rarement uniforme. Elle s’accompagne souvent de compensations musculaires et articulaires qui modifient la position de la mandibule et la manière dont les dents se rencontrent.
C’est pourquoi une réhabilitation ne peut pas être pensée uniquement comme une reconstruction d’arcades. Il faut d’abord comprendre dans quel environnement biomécanique les futures restaurations vont s’inscrire, sous peine de créer une occlusion “jolie” mais instable.
L’objectif est donc simple : retrouver un équilibre entre le patient, ses muscles, ses articulations et les dents que l’on reconstruit.

 

Déprogrammation et enregistrement numérique

Avant toute phase de reconstruction, la déprogrammation neuromusculaire permet de calmer le système et de sortir d’une occlusion dictée par la pathologie. Dans le protocole décrit, cette étape passe notamment par une gouttière portée plusieurs semaines, associée selon les cas à des approches complémentaires comme la physiothérapie ou l’ostéopathie.

Une fois ce climat plus apaisé obtenu, l’enregistrement numérique prend tout son intérêt. Des outils comme Modjaw permettent de visualiser le mouvement réel de la mandibule, et pas seulement une occlusion statique.
Cet apport est capital, car il aide à définir une position thérapeutique plus cohérente avec la fonction du patient, tout en objectivant les rapports intermaxillaires à transmettre au laboratoire.

 

Modjaw

 

Concevoir avec le laboratoire

Le numérique ne remplace pas le dialogue clinique, il le structure. Les fichiers issus de l’empreinte optique, des photos standardisées et de l’analyse fonctionnelle servent à construire un projet virtuel, puis à l’affiner avec le prothésiste.

Dans cette logique, le laboratoire ne monte pas les dents “comme d’habitude” : il suit un protocole précis de design, avec des objectifs définis dent par dent. L’enjeu n’est pas seulement d’obtenir une belle morphologie, mais de retrouver des courbes, des contacts et une répartition des charges compatibles avec la fonction.
L’intérêt majeur de cette étape est la cohérence. On passe d’une logique de fabrication à une logique de stratégie thérapeutique.

 

Le mock-up comme test clinique

Le mock-up permet de valider en bouche la proposition esthétique, mais surtout de vérifier le confort, la lisibilité des plans, la phonétique, l’acceptation du patient et la tolérance fonctionnelle.

Cette étape est essentielle parce qu’un projet peut paraître parfait sur écran et pourtant être mal vécu en bouche. Le mock-up permet de détecter trop de volume, un guidage anormal ou une sensation d’inconfort avant d’aller vers la version définitive.
Il devient alors un outil de co-décision. Le patient ne subit plus un résultat, il participe à sa validation.

 

Valider la fonction dans le temps

Après la mise en place du prototype, la réévaluation sur plusieurs semaines ou plusieurs mois permet d’observer les ajustements réels du patient. Les réglages successifs, les éventuelles fractures et le ressenti subjectif deviennent des informations cliniques utiles.

L’objectif n’est pas d’imposer un guidage idéal sur le papier, mais d’obtenir une fonction efficace au quotidien, notamment en mastication et en déglutition. Dans cette vision, la longévité du traitement dépend autant de la biomécanique globale que du matériau choisi.

C’est aussi là que l’analyse dynamique retrouve toute sa place, en permettant d’optimiser l’occlusion à partir du mouvement réel et non d’une simple mécanique théorique.

 

Une nouvelle culture clinique

Le numérique ne doit donc pas être réduit à un gain de confort ou de précision. Il ouvre une nouvelle culture de soin, fondée sur la planification, la fonction et la prédictibilité.

Les scanners, le design, l’impression 3D et les outils d’analyse dynamique n’ont de sens que s’ils servent une vision globale du traitement. La technologie aide à mieux décider, mais elle ne remplace ni le diagnostic, ni la stratégie, ni l’échange avec le laboratoire.

Pour le Dr Romain Ducassé, le vrai changement est là : ne plus penser d’abord “matériau”, mais “objectif thérapeutique”. C’est cette logique qui transforme une réhabilitation numérique en réhabilitation réellement pérenne.


Cet article vous est proposé par le Dr Romain Ducassé et le Dr Thomas Guery, (Fondateur de Média du Sourire).

réhabilitations grâce au numérique

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