Bridge collé cantilever postérieur : parallèles cliniques avec les restaurations antérieures et approche conservatrice face aux implants
Le bridge collé cantilever en céramique à ancrage unique est désormais une approche bien établie de mieux en mieux accueillie par la pratique clinique. Popularisée par le professeur Matthias Kern et soutenue par une littérature internationale abondante, cette modalité de traitement est largement reconnue comme le traitement de première intention pour le remplacement d’une dent unitaire antérieure manquante, et ce, avant le traitement implantaire.¹‾⁴
Son utilisation dans le secteur postérieur a été introduite plus récemment. Bien que le niveau de preuve reste inférieur à celui des indications antérieures, de nombreuses publications rapportent des résultats cliniques à moyen terme très encourageants.⁵‾⁷ Depuis peu, les premières recommandations cliniques ont été proposées afin d’en renforcer la prédictibilité.⁸‾⁹
Ce bridge collé cantilever postérieur (BCCP) représente donc une option minimalement invasive et rapide, en particulier chez les patients pour lesquels un traitement implantaire visant à remplacer une dent postérieure unitaire manquante est médicalement contre-indiqué ou qui sont réticents à y recourir.¹⁰‾¹³
Après un bref aperçu des principes fondamentaux qui sous-tendent la conception et la mise en œuvre des BCCP, cet article présente un cas clinique caractéristique.
Principes fondamentaux de la réalisation d’un BCCP
La conception d’un bridge collé cantilever postérieur (BCCP) repose sur plusieurs principes fondamentaux communs aux bridges collés antérieurs, notamment :⁸‾⁹‾¹⁴‾¹⁵
- Utilisation d’une seule dent pilier au lieu de deux. Les anciens modèles à deux ancrages sont désormais considérés comme obsolètes, car la mobilité différentielle entre les dents de pilier accroît le risque de décollement.¹
- Choix d’une dent pilier présentant des lésions limitées afin de réduire les risques liés aux forces mécaniques exercées sur cette dent.⁸
- Préparation intra-amélaire, qui garantit une adhésion optimale tout en préservant l’intégrité de la couche d’émail. Cette préparation est essentielle pour préserver la rigidité de la dent et réduire au minimum le risque de décollement dû à une surcharge au niveau de l’interface adhésive.⁸
- Dimensions adaptées du connecteur. La section transversale du connecteur du pontique doit mesurer environ 12 mm² (bien qu’une section de 9 mm² seulement ait été suggérée pour les applications antérieures).
La préparation doit s’étendre jusqu’à la limite cervicale juxta gingivale afin de garantir une intégration esthétique et parodontale optimale. Il faut toutefois noter que la conception doit également permettre le maintien d’une hygiène buccodentaire efficace.⁸‾⁹‾¹⁵ – Utilisation privilégiée de la zircone 3Y-TZP assemblée selon un protocole adhésif validé.¹⁶ Bien que le disilicate de lithium ait été proposé pour les restaurations antérieures, un large consensus se dégage en faveur de la zircone, en particulier 3Y-TZP, qui est considérée comme le matériau de choix dans la région postérieure.
– Collaboration étroite entre le chirurgien-dentiste et le prothésiste dentaire, surtout facilitée par les flux de travail numériques et les outils de communication en temps réel, afin de garantir la conception et la réalisation optimales des prothèses. - Vérification rigoureuse de l’occlusion, garantissant le contact du pontique en intercuspidie maximale tout en évitant les interférences latérales susceptibles de compromettre la stabilité du collage sur le long terme.⁸‾⁹‾¹⁵
La réalisation du BCCP doit aussi respecter un certain nombre de directives propres à la conception, notamment : ⁸‾⁹‾¹⁴‾¹⁵
- Privilégier un connecteur dont la hauteur est la plus grande possible. Étant donné que la hauteur contribue davantage à la résistance à la fracture que la largeur, surtout dans la région postérieure, il est recommandé non seulement de préciser la surface du connecteur, mais aussi de choisir une hauteur de connecteur supérieure à sa largeur, comme le démontre clairement la théorie des poutres.⁸‾⁹‾¹⁵

Fig. 01 : représentation schématique de la théorie des poutres appliquée aux BCCP. Ce modèle mécanique est particulièrement pertinent pour comprendre la biomécanique d’un BCCP, car les forces occlusales postérieures sur le pontique s’exercent selon l’axe longitudinal. F est la résistance maximale à la rupture du connecteur PCRB. Cette valeur est proportionnelle à la résistance à la traction Rm (ce qui justifie l’utilisation de zircone 3Y-TZP au niveau du connecteur), à b (largeur du connecteur), à h² (carré de la hauteur du connecteur, ce qui explique pourquoi la hauteur est encore plus déterminante que la largeur dans la conception d’un BCCP) et inversement proportionnelle à L (la longueur de la dent à remplacer).
- Assurer un contact systématique avec la dent adjacente à l’espace édenté. Bien que cette exigence puisse parfois être assouplie dans la région antérieure lorsque les dimensions mésio-distales sont excessives, elle est jugée indispensable dans les secteurs postérieurs.⁸‾⁹‾¹⁵
– Remplacer une dent dont la dimension mésio-distale est compatible avec celle de la dent pilier. Cette approche limite le porte-à-faux du pontique et réduit les forces parodontales exercées sur la dent pilier.⁸‾⁹‾¹⁵ - Limiter l’embrasure occlusale entre la dent pilier et le pontique de façon à augmenter la hauteur du connecteur tout en limitant l’effet de coin sur cette zone où les forces se concentrent. ⁸‾⁹‾¹⁵
L’intégration de ces principes, décrits plus en détail dans plusieurs publications de notre groupe, est essentielle à la réussite des BCCP. Les principes généraux de préparation et les épaisseurs recommandées sont indiqués sur la Figure 2.

Fig. 02 : représentation schématique des épaisseurs de préparation intra-amélaire requises pour un BCCP.
Exemple clinique d’un bridge collé cantilever postérieur
Il est maintenant important d’illustrer plusieurs des points susmentionnés par un exemple rencontré dans la pratique quotidienne. Un patient âgé de 30 ans nous a été adressé par un confrère pour la pose d’un BCCP, car il hésitait à recevoir un implant pour remplacer la première molaire supérieure gauche (dent 26), extraite 10 semaines plus tôt (Figures 3 et 4).

Fig. 03 : vue occlusale de la situation clinique initiale montrant l’absence de la dent 26 qui doit être remplacée. La dent 25 est revêtue d’une couronne en céramique monolithique, tandis que la dent 27 est pratiquement intacte. Seule la face mésiale présente un léger défaut d’origine iatrogène dû à un forage traumatique (limité à l’émail).

Fig. 04 : vue vestibulaire de la situation clinique initiale.
Cette période étant le délai minimal nécessaire à la stabilisation des tissus parodontaux et osseux, nous planifions la pose du BCCP ancré par une facette occlusale partielle sur la dent 27 lors d’une séance ultérieure.
La dent 25 ne convient pas pour deux raisons : d’une part, le diamètre mésio-distal d’une prémolaire est beaucoup plus petit que celui d’une molaire, et d’autre part, cette dent est déjà restaurée par une couronne complète et a donc déjà perdu la couche d’émail rigide requise pour le bon fonctionnement de la technique.
La première séance de 30 minutes, réalisée sans anesthésie, consiste à préparer minutieusement l’émail pour l’ancrage du BCCP par une facette occlusale partielle de 0,5 mm (Figure 5).

Fig. 05 : dent 27 préparée pour la pose d’une facette occlusale partielle destinée à servir d’ancrage au BCCP. La partie préparée présente un aspect blanc crayeux en raison du mordançage préalable à l’acide orthophosphorique qui met en évidence la présence d’une couche d’émail. Cela montre la nature extrêmement conservatrice de ces préparations pour BCCP.
La préparation est suivie de la prise d’une empreinte optique à l’aide du scanner intraoral CEREC Primescan (Dentsply Sirona). Le BCCP est ensuite usiné à partir d’un disque de zircone multicouche 3Y-TZP/5Y-PSZ par le laboratoire dentaire, qui veille à placer la zone du connecteur dans la partie 3Y-TZP du matériau. La restauration est caractérisée par une épaisseur occlusale de 0,5 mm, une hauteur de connecteur optimisée et une conception de l’embrasure cervicale adaptée aux soins d’hygiène parodontale. Le rendu esthétique de la zircone multicouche sur les surfaces occlusales est meilleur, mais ce matériau n’est pas recommandé aux prothésistes débutants, pour qui l’utilisation d’une zircone 3Y-TZP suivie d’une stratification du pontique représente une option moins sensible à la technique. La Figure 6 montre ce BCCP sur un modèle après caractérisation.

Fig. 06 : intégration du BCCP sur un modèle imprimé.
Dès sa réception, le BCCP est essayé en bouche et collé sous une digue en caoutchouc au moyen d’une colle composite universelle auto-adhésive (G-CEM ONE, GC) combinée à son accélérateur de polymérisation (Adhesive Enhancing Primer, GC), après le mordançage de l’émail à l’acide orthophosphorique à 37 %.
Actuellement, on considère qu’un sablage de l’intrados avec des particules d’oxyde d’aluminium de 50 μm pendant 10 secondes, suivi de l’application d’un primer universel (G-Multi PRIMER, GC), permet une liaison fiable de la zircone.

Fig. 07 : BCCP après collage avec G-CEM ONE (GC) sous une digue en caoutchouc.
La digue en caoutchouc est alors retirée et une attention particulière est portée à l’optimisation de l’ajustement occlusal de ce BCCP. La Figure 8 montre le résultat final immédiatement après le retrait de la digue en caoutchouc.

Fig. 08 : BCCP immédiatement après les ajustements occlusaux.
Un suivi post-opératoire effectué 15 jours plus tard nous permet surtout de confirmer l’intégration occlusale satisfaisante du patient et lui fournir des conseils sur le maintien de l’hygiène, après quoi, le patient est réorienté vers notre confrère pour la suite de sa prise en charge, en particulier les soins parodontaux.
Conclusion
Au-delà de l’exemple novateur et parfois quelque peu audacieux du bridge collé cantilever postérieur, il semble essentiel qu’un cabinet dentaire moderne se doive de maîtriser au moins les concepts communs aux deux types de bridges, antérieurs et postérieurs. Parmi ces concepts figurent la nécessité d’une préparation intra-amélaire ultra-minimaliste, un éventuel conditionnement des tissus, un collage rigoureux, surtout dans le cas de la zircone, une communication transparente et directe avec le prothésiste, mais aussi l’optimisation occlusale de l’intégration prothétique. Même s’il apparaît indispensable de maîtriser la technique du bridge collé cantilever antérieur pour remplacer une dent antérieure manquante, le bridge collé cantilever postérieur offre également une option de traitement intéressante aux patients qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas recourir à l’implantologie.
Références
¹ Kern M. Clinical long-term survival of two-retainer and single-retainer all-ceramic resinbonded fixed partial dentures. Quintessence Int Berlger 1985. 2005; 36(2):141 7. PMID: 15732550.
² Kern M. Fifteen-year survival of anterior all-ceramic cantilever resin-bonded fixed dental prostheses. J Dent. 2017; 56:133 5. doi:10.1016/j.jdent.2016.11.003 PMID: 27832968.
³ Kern M, Türp L, Yazigi C. Long-term outcome of anterior cantilever zirconia ceramic resinbonded fixed dental prostheses: Influence of the pontic location. J Prosthet Dent. 2025; 133(4):1017 23. doi:10.1016/j.prosdent.2024.12.032 PMID: 40011108.
⁴ Kern M, Gläser R. Single-retainer all-ceramic resin-bonded fixed dental prostheses: Longterm outcomes in the esthetic zone. J Esthet Restor Dent Off Publ Am Acad Esthet Dent Al. 2023; 35(1):64 73. doi:10.1111/jerd.13001 PMID: 36579757.
⁵ Passia N, Chaar MS, Kern M. Clinical outcome of posterior cantilever resin-bonded fixed dental prostheses using two different luting agents. J Prosthodont Res. 2023; 67(2):161 3. DOI:10.2186/JPR. JPR_D_22_00033 PMID: 35851047.
⁶ Yazigi C, Kern M. Clinical evaluation of zirconia cantilevered single-retainer resin-bonded fixed dental prostheses replacing missing canines and posterior teeth. J Dent. 2022;116:103907. doi:10.1016/j.jdent.2021.103907 PMID: 34838845.
⁷ Kasem AT, Tribst JPM, Abo-Madina M, Al-Zordk W. Fiber-reinforced composite or zirconia in cantilever fixed dental prosthesis? 36-month follow-up clinical study. J Dent. 2025;156:105705. doi:10.1016/j.jdent.2025.105705 PMID: 40120797.
⁸ Attal JP, Tirlet G, LeCorre M, Boitelle P, Dursun E, Benoit A, et al. Posterior Cantilevered Single-Retainer All-Ceramic Resin-Bonded Fixed Dental Prostheses: A 12-Year Clinical Case and Proposed Clinical Recommendations. Oper Dent. 2025.
⁹ Attal JP, Tirlet G, Boitelle P, Sailer I, Messeca C, Morice S, et al. Clinical Step-By-Step Approach for Posterior Cantilevered Single- Retainer All-Ceramic Resin-Bonded Fixed Dental Prostheses Based on Current Knowledge: A Case Report. Int J Prosthodont. 2025; 0(0):1 24. doi:10.11607/ ijp.9558 PMID: 40845192.
¹⁰ Attal JP, Tirlet G. The ceramic posterior cantilever glued bridge. Part 1: first clinical case with 10 years of clinical hindsight. Dental Information. 2022; 104(34):18-24.
¹¹ Attal JP, Tirlet G, Caussin É, François P, Boitelle P, Sailer I, et al. The ceramic posterior cantilever glued bridge. Part 2: Biomechanical data and clinical applications. Dental Information. 2022; 104(34):26-34.
¹² Attal JP, François P, Boitelle P, Caussin É, Sailer I, Dursun E, et al. The Ceramic Posterior Cantilever Glued Bridge #3. Dental Information. 2023; 105(24):24-40.
¹³ Attal JP, Tirlet G, Caussin E, Dursun E, Valtaud L, Morice S, et al. Academic proposal of a time-by-time for the realization of a ceramic posterior cantilever bonded bridge (BCCPC). AO News.
¹⁴ Jannot M, Caussin E, Morice S, Gosselin S, Boitelle P, Laskri W, et al. Telescopic Posterior Cantilevered Resin-Bonded Fixed Dental Prostheses: An Interesting Alternative for Severely Tipped Teeth Illustrated by a Case Report. Int J Prosthodont. 2025; 0(0):1 20. doi:10.11607/ ijp.9557 PMID: 40845193.
¹⁵ Caussin É, Grich L, Smail Y, Dursun É, Grand É, Ceinos R, et al. Posterior cantilevered allceramic resin-bonded fixed dental prosthesis: A minimally invasive solution for restoring posterior edentulous spaces illustrated by a chairside clinical case. French Orthod. 2026; 96(4):413 25. doi:10.1684/orthodfr.2025.216 PMID: 41778346.
¹⁶ Elsayed A, Younes F, Lehmann F, Kern M. Tensile Bond Strength of So-called Universal Primers and Universal Multimode Adhesives to Zirconia and Lithium Disilicate Ceramics. J Adhes Dent. 2017; 19(3):221 8. doi:10.3290/j.jad.a38436 PMID: 28597007.
¹⁷ Lewinstein I, Ganor Y, Pilo R. Abutment positioning in a cantilevered shortened dental arch: a clinical report and static analysis. J Prosthet Dent. 2003; 89(3):227 31. doi:10.1067/mpr.2003.44 PMID: 12644794.
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