Installation dentaire : quelle forme juridique choisir ?
Entreprise individuelle, SEL, SCM, SCI… la bonne structure dépend moins d’un effet de mode que de la trajectoire envisagée pour votre cabinet.
Lors de son installation, un chirurgien-dentiste doit prendre des décisions qui dépasseront largement le jour de son immatriculation : exercer seul ou à plusieurs, investir, recruter, accueillir un associé, acheter ses murs et préparer, à terme, la transmission du cabinet.
Il n’existe donc pas de forme juridique idéale dans l’absolu. Le bon choix est celui qui reste cohérent avec le projet dentaire, le niveau d’investissement, les besoins de trésorerie et les perspectives d’évolution.
Démarrer seul : simplicité et évolutivité
Pour un praticien qui débute seul, l’entreprise individuelle reste souvent une solution pragmatique. Elle limite les formalités de création et permet de consacrer son énergie au développement de l’activité, à la constitution de la patientèle et à l’organisation du cabinet.
Le régime fiscal applicable est celui des bénéfices non commerciaux et la retranscription des opérations de l’année s’effectue via la déclaration numéro 2035. Le résultat fiscal résulte, dans le cas général, de la différence entre les recettes encaissées et les charges décaissées. Des déductions fiscales forfaitaires peuvent aussi être réalisées pour baisser le résultat. Si vous démarrez dans une zone à fiscalité privilégiée de type ZFRR par exemple, le choix de l’entreprise individuelle est à privilégier.

L’entreprise individuelle peut ensuite évoluer lorsque le cabinet atteint une nouvelle dimension. L’activité peut notamment être apportée ou cédée à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, à condition d’anticiper les conséquences fiscales, sociales, financières et patrimoniales de l’opération.
La SEL : quand le cabinet devient un véritable outil de gestion
La SELARLU, la SELARL, la SELASU ou la SELAS peuvent être envisagées par un praticien seul comme par un groupe. La SEL devient particulièrement intéressante lorsque le professionnel souhaite investir, lisser ses prélèvements personnels, conserver de la trésorerie dans le cabinet ou organiser progressivement l’arrivée d’un associé.

Elle permet de distinguer davantage les performances économiques de la structure et les revenus réellement perçus par le praticien. Cette organisation peut faciliter le financement des équipements et la préparation d’une transmission progressive. Elle ne constitue cependant pas une solution automatique : son intérêt dépend du niveau de résultat, des besoins personnels, de la politique d’investissement et du projet de sortie.
Un point doit désormais être intégré dans toute simulation. Depuis l’imposition des revenus 2024, les rémunérations perçues par les associés de SEL au titre de leur activité libérale (fonction technique) relèvent en principe des bénéfices non commerciaux. Elles ne doivent donc plus être analysées comme de simples rémunérations de gérance. La réforme de l’assiette sociale applicable en 2026 renforce encore la nécessité de travailler sur des hypothèses actualisées.
SCM, SCI, SPFPL : des outils complémentaires
La SCM répond à une logique de mutualisation des moyens. Locaux, secrétariat, personnel ou certains équipements peuvent être partagés, tandis que chaque praticien conserve son activité et ses recettes. Elle convient lorsque le projet commun porte d’abord sur l’organisation du cabinet, sans nécessairement partager le résultat.
La SCI, de son côté, concerne les murs et la stratégie patrimoniale. Acquisition en nom propre, détention via une SCI à l’impôt sur le revenu ou option pour l’impôt sur les sociétés : chaque solution doit être comparée sur la durée de détention, le financement, les loyers et la fiscalité de la revente. La SCI ne doit pas être choisie uniquement pour son avantage fiscal immédiat.
La SPFPL peut enfin accompagner une stratégie de détention, de financement ou de constitution de groupe. Elle n’est pas nécessaire à tous les projets d’installation et doit être réservée aux situations dans lesquelles son rôle est clairement défini. Le régime des sociétés d’exercice des professions libérales ayant été refondu, les règles de détention du capital et de participation doivent être vérifiées avec les dispositions propres aux chirurgiens-dentistes.

Le bon choix se mesure dans le temps
Avant de retenir une structure, je recommande de simuler trois situations : le fonctionnement courant du cabinet, son évolution en cas d’association ou d’investissement, et sa sortie à moyen ou long terme.
Lors d’une acquisition ou d’un apport de fonds libéral, le calendrier et la qualification de l’opération doivent également être examinés au cas par cas. L’amortissement fiscal temporairement admis pour certains fonds acquis a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2029, mais cette mesure ne suffit pas à déterminer la forme juridique la plus pertinente.
Entreprise individuelle, SEL, SCM, SCI ou SPFPL : aucune structure ne remplace une stratégie. Le meilleur statut est celui qui protège votre équilibre, accompagne la croissance de votre cabinet et vous laisse des options pour la suite.
Julien Fraysse, Expert-Comptable, vous propose une série d’articles pour améliorer la gestion de votre cabinet dentaire ici !

Pour plus d’informations, contactez le cabinet de Julien Fraysse au 09 81 65 82 51.

