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#03 Réhabilitations fixe implanto-portées de l’arcades complètement édentée

#03 Réhabilitations fixe implanto-portées de l’arcades complètement édentée

Implantologie et parodontologie

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Prothèse définitive : réempreinte, matériaux et passivité

Après la phase de temporisation, une nouvelle empreinte est nécessaire. La prothèse provisoire a modelé les tissus mous et la situation clinique n’est plus exactement celle du jour de la chirurgie. L’empreinte définitive doit enregistrer la position réelle des piliers multi-unit et l’architecture muqueuse stabilisée. Pour les arcades complètes sur implants, la photogrammétrie est aujourd’hui l’une des approches les plus précises.

Fig. 01 : empreinte intra orale intégrant la photogrammétrie.

La méta-analyse de Pozzi et coll. rapporte une exactitude et une précision supérieures de la photogrammétrie par rapport au scanner intra-oral pour les empreintes implantaires complètes33. Les travaux de Ma et coll. et de Cheng et coll. confirment cette tendance, en montrant que les scanners intra-oraux peuvent accumuler des déviations sur de longues portées transarcades34,35. Les empreintes numériques intra-orales restent toutefois capables de produire des résultats cliniquement satisfaisants dans certaines conditions, comme le suggèrent Pesce et coll.36. Pour une arcade complète, la prudence impose de conserver une étape de validation de la passivité, par exemple à l’aide d’une clé de vérification ou d’un prototype rigide. Le matériau utilisé pour fabriquer cette clé influence d’ailleurs sa fidélité37.

Fig. 02 : clé de passivation essayée avec systeme de vissage Powerball.

Le choix du matériau définitif doit être raisonné en fonction de l’arcade, de l’antagoniste, de l’espace prothétique, du profil occlusal et du risque de maintenance. Au maxillaire, la zircone monolithique pleine arcade présente aujourd’hui un recul clinique favorable. Papaspyridakos et coll. rapportent une survie élevée de prothèses complètes en zircone sur implants, avec des complications souvent limitées à des éclats mineurs38.

Fig. 03 : maxillaire en Full ZR – Systeme de vissage Powerball.
Fig. 04 : mandibulaire avec Barre en titane et HIPC – Systeme de vissage Powerball.

La revue systématique d’AlTarawneh et coll. confirme l’intérêt de cette option, tout en soulignant que le recul reste plus limité que pour certaines solutions historiques39. À la mandibule, en particulier lorsqu’une zircone maxillaire est antagoniste, une armature titane associée à un composite à haute résistance aux chocs peut présenter un intérêt clinique. Cette option vise à amortir les contacts, limiter le bruit occlusal, réduire le risque d’éclats céramiques et faciliter les réparations. Elle repose davantage sur un rationnel clinique et biomécanique que sur des essais comparatifs directs arcade par arcade. Le consensus ITI rappelle d’ailleurs que les restaurations tout-céramique doivent être évaluées avec prudence dans certaines situations complètes40.

Fig. 05 : vue de l’intrados de la prothèse mandibulaire avec barre titane.

Quelle que soit la solution retenue, la passivité de l’armature reste un point non négociable. Une prothèse vissée transmet directement ses contraintes aux implants. Un défaut d’ajustage peut favoriser les dévissages, les fractures de vis, les complications mécaniques et les surcharges biologiques. La vérification clinique et radiographique de l’assise, puis un réserrage après quelques jours, font partie intégrante du protocole.

Fig. 06 : empreinte iTero avec ScanBody Apollo Implants.
Fig. 07 : maturation des tissus maxillaires pour un All-On-8.

• Réaliser une réempreinte après maturation tissulaire, généralement entre trois et quatre mois.
• Privilégier la photogrammétrie pour les empreintes implantaires complètes lorsque l’équipement est disponible.
• Conserver une étape de vérification de passivité avant l’usinage ou la finalisation de l’armature.
• Adapter le matériau à l’arcade : zircone monolithique au maxillaire dans les situations favorables ; titane et composite HIPC à la mandibule lorsque l’amortissement et la réparabilité sont recherchés.
•
Contrôler radiographiquement l’assise de la prothèse et prévoir un réserrage à 8–15 jours.


Illustration clinique

Cas 1 : Maxillaire édenté, All-on-6 et charge immédiate

Le premier cas correspond à une réhabilitation maxillaire complète planifiée à partir du projet esthétique et fonctionnel.

Fig. 08 : situation initiale d’un cas All-On-X.

Les données CBCT, scan facial et empreinte optique sont fusionnées avant la conception d’un guide pleine arcade sans douille, stabilisé par trois clavettes.

Fig. 09 : photographie du guide chirurgical.
Fig. 10 : guide de repositionnement du guide ceinture sur modèle.

Six implants sont positionnés, dont deux implants postérieurs inclinés afin d’optimiser la distribution antéro-postérieure et de limiter les extensions.

Fig. 11 & 12 : positionnement des implants – Star Concept & avant mise en place des MUA.

La décision de mise en charge immédiate est prise après contrôle de la stabilité clinique et des valeurs d’ISQ. Les piliers multi-unit sont posés d’emblée et une prothèse transitoire en PMMA usiné est vissée le jour même avec un couple modéré.

Fig. 13 : complet FullZircone sur modèle.
Fig. 14 : photographie de la realisation FullZr maxillaire sur 8 implants.

La prothèse définitive en zircone monolithique est réalisée après maturation tissulaire, à environ quatre mois.

Fig. 15 : photographie post-opératoire.
Fig. 16 : fin de traitement.

Cas 2 : Mandibule édentée, projet initial All-on-4 étendu à six implants

Le second cas illustre l’intérêt d’adapter le nombre d’implants au contexte occlusal.

Fig. 17 : situation initiale d’un cas.
Fig. 18 : situation initiale intra-buccale.

La mandibule est réhabilitée selon le même flux numérique, mais le projet initial sur quatre implants est étendu à six afin d’améliorer la répartition des contraintes et de sécuriser la reconstruction face à un antagoniste rigide.

Fig. 19 & 20 : guide chirurgical & de forage maxillaire.
Fig. 21 : pose de guide ceinture.

La prothèse définitive associe une armature titane à un composite HIPC, dans une logique d’amortissement et de maintenance simplifiée.

Fig. 22 : prothèse d’usage.
Fig. 23 : vue intrados arcade mandibulaire.

Une clé de validation est utilisée avant la fabrication définitive afin de contrôler la passivité de l’ensemble.

Fig. 24 : empreinte photogrammétrie.
Fig. 25 : situation intra-buccale vue occlusale après cicatrisation.
Fig. 26 : situation post-opératoire.
Fig. 27 : situation post-opératoire occlusion.
Fig. 28 : situation finale maxillaire.
Fig. 29 : situation finale en occlusion.
Fig. 30 : fin de traitement.

Cas 3 : Réhabilitation bi-maxillaire All-on-8 / All-on-6

Le troisième cas concerne une réhabilitation bi-maxillaire complète. Le traitement est séquencé afin de conserver un contrôle clinique et occlusal à chaque étape.

Fig. 31 : situation initiale.
Fig. 32 : avant sans prothèse.
Fig. 33 : avant vue occlusale.

Le maxillaire est traité par une configuration All-on-8 lorsque la longueur d’arcade, la qualité osseuse et le projet esthétique le justifient ; la mandibule est restaurée sur six implants. L’empreinte définitive est réalisée par photogrammétrie après temporisation.

Fig. 34 : guide en place prêt à forer.
Fig. 35 : guide base métallique en place.
Fig. 36 : implants positionnés.

Le choix des matériaux distingue les deux arcades : zircone monolithique au maxillaire et armature titane-composite à la mandibule, afin de limiter les contacts céramique contre céramique et d’améliorer la tolérance mécanique de l’ensemble.

Fig. 37 : prothèse maxillaire FullZr.
Fig. 38 : prothèse FullZr.
Fig. 39 : prothèse provisoire en place 4heures apres la chirurgie.
Fig. 40 : résultat final.

Discussion

Le protocole présenté repose sur une succession de choix cliniques dont le niveau de preuve n’est pas homogène. Certaines étapes, comme la mise en charge immédiate dans les reconstructions complètes correctement sélectionnées, disposent d’un recul clinique important. D’autres éléments, notamment le comportement de certains designs implantaires récents, les systèmes de vissage angulé ou les différences fines entre guides avec ou sans douille, reposent encore en grande partie sur des études expérimentales, des analyses par éléments finis ou des extrapolations à partir de systèmes proches.

Cette distinction est importante. En pratique clinique, l’objectif n’est pas d’appliquer mécaniquement une marque, un nombre d’implants ou un seuil de couple, mais de construire une décision cohérente. La stabilité du guide, la qualité du recalage initial, la distribution des implants, le contrôle de la stabilité primaire, la solidarisation de la transitoire, la discipline alimentaire et la validation de la passivité prothétique ont probablement plus d’impact sur la reproductibilité du résultat que le choix isolé d’un composant. La chirurgie guidée sans douille présente des avantages ergonomiques réels, en particulier dans les arcades complètes où l’accès vertical est parfois limité. Elle ne dispense cependant pas d’une conception rigoureuse du guide ni d’une stabilisation mécanique par clavettes. De même, le choix d’un implant à filetage profond est cohérent lorsqu’une stabilité primaire élevée est recherchée sans compression excessive, mais les données cliniques propres à certains implants récents doivent encore être consolidées par des études longitudinales indépendantes.

Le repositionnement de la décision de charge immédiate autour de l’ISQ et de la stabilité globale de l’arcade constitue un point majeur. Le couple d’insertion reste une information utile, mais il ne doit pas devenir le seul critère décisionnel. Une recherche excessive de couple peut traduire une compression osseuse importante et n’est pas nécessairement favorable à la stabilité biologique à moyen terme. La prothèse transitoire doit ensuite être considérée comme une véritable orthèse de stabilisation : elle solidarise les implants, guide les tissus mous et impose une gestion occlusale ainsi qu’un régime alimentaire précis. La phase définitive concentre enfin une partie importante du pronostic mécanique. La photogrammétrie apporte une précision intéressante pour les arcades complètes, mais la vérification de passivité conserve toute sa place. Les matériaux doivent être choisis en fonction de l’arcade et de l’antagoniste.

La zircone monolithique maxillaire est aujourd’hui bien documentée, tandis que l’association titane-composite mandibulaire répond à une logique d’amortissement et de maintenance. Des études comparatives directes restent nécessaires pour préciser les indications respectives de ces solutions. Les principales limites de ce protocole concernent donc l’hétérogénéité des preuves disponibles et l’absence de validation clinique spécifique pour certains composants récents. Ces limites ne remettent pas en cause l’intérêt de la séquence proposée, mais elles imposent une présentation prudente et une documentation clinique systématique : valeurs d’ISQ, couples d’insertion, écarts planifié-réalisé, complications prothétiques, stabilité osseuse marginale et satisfaction du patient.

Conclusion

Les réhabilitations complètes fixes implanto-portées de type All-on-6 ou All-on-8 bénéficient aujourd’hui d’un environnement numérique permettant d’améliorer la prévisibilité du traitement. Cette prévisibilité dépend toutefois de la continuité de la chaîne clinique : acquisition diagnostique fiable, planification guidée par le projet prothétique, guide chirurgical stable, choix implantaire raisonné, décision de charge fondée sur la stabilité réelle, temporisation contrôlée, puis validation de la passivité avant la prothèse définitive.

La réussite ne repose pas sur un élément isolé. Elle résulte de la cohérence entre les principes biologiques, les contraintes biomécaniques et les possibilités offertes par le numérique. Un protocole standardisé, mais adaptable au patient, permet de sécuriser la prise de décision et d’améliorer la reproductibilité clinique. Les développements futurs devront surtout préciser le recul clinique des nouveaux designs implantaires, comparer les matériaux prothétiques arcade par arcade et documenter plus finement le lien entre stabilité primaire, régime de temporisation et complications à long terme.

Références

33 Pozzi A, Arcuri L, Carosi P, et coll. Photogrammetry Versus Intraoral Scanning in Complete-Arch Digital Implant Impression: A Systematic Review and Meta-Analysis. Clin Implant Dent Relat Res. 2025;27(3):e70059.

34 Ma B, Yue X, Sun Y, Peng L, Geng W. Accuracy of photogrammetry, intraoral scanning, and conventional impression techniques for complete-arch implant rehabilitation: an in vitro comparative study. BMC Oral Health. 2021;21(1):636.

35 Cheng J, Zhang H, Liu H, Li J, Wang HL, Tao X. Accuracy of edentulous full-arch implant impression: An in vitro comparison between conventional impression, intraoral scan with and without splinting, and photogrammetry. Clin Oral Implants Res. 2024;35(5):560-572.

36 Pesce P, Pera F, Setti P, Menini M. Precision and Accuracy of a Digital Impression Scanner in Full-Arch Implant Rehabilitation. Int J Prosthodont. 2018;31(2):171-175.

37 Aljohani MS, Bukhari HA, Alshehri M, Alamoudi A. Accuracy of the Different Materials Used to Fabricate a Verification Jig of Implant-Supported Fixed Complete Dental Prostheses: An In Vitro Study. Cureus. 2022;14(9):e29794.

38 Papaspyridakos P, Sinada N, Ntovas P, Barmak AB, Chochlidakis K. Zirconia full-arch implant prostheses: Survival, complications, and prosthetic space dimensions with 115 edentulous jaws. J Prosthodont. 2025;34(3):271-280.

39 AlTarawneh S, Thalji G, Cooper L. Full-arch implant-supported monolithic zirconia fixed dental prostheses: An updated systematic review. Int J Oral Implantol (Berl). 2021;14(1):13-22.

40 Morton D, Gallucci G, Lin WS, et coll. Group 2 ITI Consensus Report: Prosthodontics and implant dentistry. Clin Oral Implants Res. 2018;29(Suppl 16):215-223.

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